Guang Ming ISMC

Guang Ming ISMC
Centre
et Institut de Médecine Chinoise

Acupuncture dépression - amour déçu

BD, homme, 21 ans, août 1995

Il est connu en médecine chinoise que les désirs insatisfaits sont des causes majeures de maladies diverses et notamment de désordres dits ‘psychologiques’. L’amour déçu en fait partie. En voici un exemple frappant.

Ce patient de 18 ans avait depuis plusieurs années une amie de coeur encore mineure et s’était soudainement mis en tête qu’il était temps qu’il se marient, qu’ils aillent vivre leur vie loin de leurs parents, qu’ils deviennent riches, etc. Bien que les parents aiment beaucoup leur fils et aient déjà accepté la jeune fille en question comme leur future belle-fille, ils ne virent pas cette lubie subite d’un bon œil et firent gentiment obstruction. Réaction compréhensible et prévisible, puisque ni l’un ni l’autre des jeunes époux en puissance n’avait de travail ou de revenus.

Le jeune garçon entra rapidement dans un état dépressif grave, qui fit décider le médecin traitant à l’internement en une institution fermée. Quelques semaines plus tard, les parents firent cependant opposition. Non seulement l’état de leur fils ne s’améliora pas dans cette institution psychiatrique, mais sa santé générale commença à pâtir d’un régime qui manifestement ne lui convenait pas. Les parents expliquèrent d’ailleurs : « Cela nous fendait le coeur de voir notre fils parmi de vrais fous qui se prenaient pour quelqu’un d’autre. Il n’était pas fou, simplement sous le coup de notre refus. Il n’était pas à sa place en cet endroit et nous l’en avons retiré ».

Le fils rentra donc à la maison, muni d’une série de médicaments contre l’irritabilité et l’agitation, doublés d’une série d’autres médicaments pour éliminer les effets secondaires des premiers. Comme ils ne voyaient pas de grands progrès, les parents décidèrent quelque temps plus tard de consulter en médecine chinoise.

Lors de son examen le médecin trouve devant lui un jeune homme grand et fort, au physique puissant, mais à l’expression clairement avachie, ce qui fut sans doute causé par les médicaments. Il note qu’il souffre d’insomnie avec beaucoup de rêves, de fortes céphalées, de bourdonnements d’oreille, de fatigue des yeux, de douleurs musculaires, de tremblements des mains, d’une propension à l’agressivité à peine contrôlée. Son pouls est en corde et glissant, mais vide sur la rate, le coeur et le foie. La langue est rouge. La palpation abdominale révèle une forte tension subcostale, des palpitations bien perceptibles du nombril jusqu’au coeur et une formation dure en forme de corde du nombril jusqu’au pubis.

Il diagnostique un syndrome de congestion marqué par un vide du sang, du foie et du rein, une dysharmonie entre le coeur et le rein, une stagnation de l’énergie du foie et prescrit Sui Qing Tang avec des modifications (65 g/jour en décoction), une formule du Dr. Chen Shiduo, un des grands spécialistes de la différentiation des syndromes suivant les cinq phases de la dynastie Qing et donne immédiatement un traitement d’acupuncture. La médication occidentale est provisoirement maintenue.

Une semaine plus tard (et à la suite de l’acupuncture, car le patient n’avait pas encore commencé la prise des herbes) le sommeil du patient est normal et son agressivité a notablement diminuée.

Encore une semaine plus tard (et cette fois-ci après cinq jours de la formule citée), on note que la qualité du sommeil s’est maintenue et que les douleurs musculaires et l’agressivité ont entièrement disparu. Il reste encore un peu de bourdonnements d’oreille, une sensation de glaires dans la gorge, qui sont jaunes à l’expectoration, la bouche sèche ; le pouls est mou et glissant, l’enduit est blanc et un peu poudreux. Le pouls et la langue reflètent les améliorations fondamentales qui ont déjà été obtenues. Le docteur chinois adapte la prescription au changement de la condition et prescrit Huanglian Wen Dan Tang avec des modifications, une des grandes formules de la dépression par glaires chaleur de l’estomac (et échauffement de la vésicule biliaire). En même temps les médicaments occidentaux sont progressivement diminués.

Après deux semaines la condition est loin d’être améliorée. Il se produit un tableau entièrement nouveau qui rappelle le début de l’attaque dépressive. Sans doute la diminution des médicaments y est-elle pour quelque chose. Or comme les médicaments qui étaient prescrits n’étaient pas aptes à guérir le patient, mais uniquement à le contrôler, il est décidé de ne pas augmenter leurs dosages mais de donner un traitement de médecine chinoise plus intensif.

Le médecin note les signes et symptômes suivants : fortes transpirations spontanées, manque de souffle et respiration haletante, oppression de la poitrine, soif, agitation, sensation de fièvre, le tout aggravé au contact du public. Le sommeil, l’agressivité, les douleurs musculaires, les bourdonnements d’oreille ont cependant tous disparu. Au lieu d’agité, le patient est maintenant léthargique. La langue est rouge sur les bords antérieurs, le pouls est mou et glissant.

Le médecin chinois considère qu’il y a une diffusion d’humidité chaleur dans tout le corps du patient et prescrit la combinaison de Bai Hu Tang et Gan Lu Xiao Du Dan, modifiés, en décoction.

En deux semaines la plupart des symptômes ont cédé, mais le patient reste assez léthargique, affaibli, sans envie de faire quoi que ce soit. À l’effort il a des palpitations, il transpire (transpiration odorante), tremble sur ses jambes et il n’a pas d’appétit. Les selles ont molles et très odorantes, l’urine jaune foncé. Le pouls gauche est vide, le pouls droit est en corde. La langue est pourvue d’un enduit trouble ressemblant à du yaourt et sa langue est assez rouge. Son teint est jaune terne.

Manifestement il reste encore beaucoup d’humidité chaleur dans le système, doublé d’un regain de congestion de l’énergie du foie. Le médecin prescrit la combinaison de Huanglian Wen Dan Tang et de Si Ni San.

Deux semaines plus tard, la situation a entièrement changé. Il n’y a plus qu’un enduit normal sur la langue, qui reste cependant encore un peu rouge sur le devant. La majorité des symptômes a disparu.

Le même traitement est reconduit.

Pendant plusieurs semaines encore, la condition du patient varie, suivant la montée et la descente des glaires, de l’humidité, de la chaleur et de la congestion. Entre-temps il fait une attaque de furonculose assez sérieuse, qui est réduite avec un traitement d’herbes en une semaine seulement.

Début janvier 1996 sa condition s’est remarquablement améliorée, de sorte qu’il peut reprendre le travail. Dans les mois qui suivent il souffre encore de quelques attaques de furonculose qui sont vite soumises avec des herbes et d’une brève période d’impuissance avec érections molles et éjaculation précoce, également réglés rapidement avec le traitement de la médecine chinoise.

Vers la fin 2000, le patient vient retrouver son médecin chinois. Il s’est marié avec son amie et ils forment un couple parfaitement heureux. Ils travaillent tous les deux et vivent dans une entente excellente avec leurs parents. Il n’a plus eu de rechute de la dépression. Il désire cependant consulter pour le traitement de sa furonculose, pour laquelle il s’était à nouveau tourné toutes ces années vers la médecine occidentale … mais sans résultats durables.

Commentaires

Grâce à ses lectures approfondies des textes du Dr. Chen Shiduo et à son expérience dans le traitement des maladies mentales, le médecin chinois connaissait la puissance dévastatrice que peuvent opérer les désirs insatisfaits chez une personne, surtout quand elle est jeune. Malheureusement les maladies présentant une telle étiologie deviennent de plus en plus communes dans notre civilisation moderne et le syndrome de la fatigue chronique en est un exemple frappant. Le cas était doublement difficile à traiter, puisque le tableau clinique du patient était non seulement dominé par les symptômes de sa maladie primaire, mais largement compliqué par les effets secondaires de sa médication.

Or que faire dans un tel cas ? Plusieurs difficultés se présentent. Théoriquement il existe un risque d’interactions nocives entre les médicaments occidentaux et les herbes chinoises. À un niveau moindre il y a la possibilité que l’effet d’un produit inhibe l’effet thérapeutique ou simplement symptomatique de l’autre … de sorte que le patient, doublement traité, se retrouve sans traitement du tout. Ne vaut-il pas mieux s’abstenir sagement dans ce cas et laisser le patient à la psychiatrie occidentale qui, à défaut de le guérir, normalisera au moins son comportement social en une certaine mesure ?

Or il existe des protocoles de traitement en médecine chinoise qui permettent de faire face à ce type de situation. Simplement le traitement ne doit pas être confié à un dilettante en la matière, mais doit être mené par un médecin expérimenté. Le médecin chinois présent s’est appuyé d’une part sur les études disponibles sur les interactions connues entre herbes et médicaments. Puis il a appliqué la démarche des deux voies et des deux moments (à médicaments différents, utiliser des voies d’administration différentes et des moments de prise différents), ce qui minimise considérablement les risques d’interactions. Cela au point de vue de la sécurité.

La deuxième difficulté résidait dans la question de savoir comment discerner les symptômes causés par la maladie primaire et ceux causés par les médicaments. La réponse de la médecine chinoise est merveilleuse en cette matière. Il ne faut pas les distinguer. Tant que le patient prend des médicaments, les effets secondaires causés par ceux-ci font partie intégrante du tableau pathologique du patient et ne doivent donc (et ne peuvent pas) être dissociés du diagnostic global.

Il faut noter que pour le traitement de tels cas il est largement conseillé de combiner l’acupuncture et les herbes chinoises, leurs effets respectifs pouvant s’additionner.

Il a fallu près de quatre mois pour guérir la dépression de ce patient. Est-ce beaucoup ou est-ce peu ? Il n’y a pas vraiment de référence pour en juger. Notons cependant les points positifs : en une durée relativement courte un patient de 21 ans souffrant d’une dépression majeure (motivant une collocation) a été guéri complètement par l’usage principal de l’acupuncture et de la phytothérapie chinoises (le dosage des médicaments occidentaux ayant été progressivement diminué pendant le traitement). Le traitement n’a causé aucun effet secondaire et le patient a retrouvé toute l’énergie de son âge.

Notons que pendant toute la durée de ce traitement en médecine chinoise le patient est resté sous l’observation de son psychiatre et qu’en fin de traitement il prenait encore une fois tous les deux jours une petite dose d’antidépresseur, pharmacologiquement inactif, mais « pour ne pas rester sans rien ».